De tous temps les oliviers ont véhiculé une part de rêve liée à l'ensoleillement des pays chauds
où on les rencontre traditionnellement. Dans l'Antiquité, ce genre d'oléacée était un emblème de fécondité et un symbole de paix et de gloire. L'arbre est en effet magnifique, ses reflets sous le soleil sont à eux seuls une ode merveilleuse au Sud et à la Méditerranée.
En Roussillon, l'olive a toujours fait partie de la vie. Considérée longtemps comme "l'or vert" du pays catalan, elle était au coeur de l'alimentation de base des civilisations paysannes et rurales, au même titre que le pain et le vin. Jusqu'à ce terrible mois de février 1956 où une brutale et monumentale gelée mit en péril les dizaines de milliers d'oliviers constituant l'oléiculture roussillonnaise. Les sept moulins en activité fermèrent leurs portes et la garrigue reprit le pas sur les oliveraies.
l'attire depuis toujours autant que la vigne. Contre toute attente et dans un climat de scepticisme général, Henri Lacassagne décide d'offrir au Roussillon la plus grande oliveraie de France sur des terrains d'un seul tenant, au nord de Rivesaltes, sur la commune de Salses-le-Château, appelés Mas Péchot et Mas de la Chique. II y réserve 40 hectares pour son oliveraie au sein d'une grande propriété vinicole qu'il a constituée parcelle après parcelle. Les 40 ha de collines en friches destinés à la plantation des oliviers sont radicalement traités à grands renforts de bulldozers et de dynamite. Pour réaliser son pari, l'entrepreneur Catalan fait alors venir de Corse plus de quinze mille oliviers qu'il plante amoureusement sur ses terres de Salses-le-Château, avec le concours de Maurice Trogno, son régisseur d'alors. Le résultat est impressionnant, l'image magnifique ; les collines qui n'étaient que garrigue semblent sculptées par les oliviers. Henri Lacassagne ne sait pas encore que grâce à ce rêve devenu réalité, il sera considéré trente ans plus tard comme un véritable visionnaire. Entre-temps, en effet, l'huile d'olive est enfin "à la mode" et ses qualités gustatives, énergétiques et diététiques unanimement reconnues par les milieux scientifiques, médicaux et gastronomiques.
Henri Lacassagne sait que sa descendance verra les fruits de ses oliviers prévus quelques 25 à 30 ans après le nivellement des terrains et les plantations. II s'éteindra au début des années 90, fier de ses choix et persuadé du retour de la civilisation de l'olive. Un retour qui viendra en 1993 lorsque Edouard Raymond décidera d'achever l'oeuvre de son aïeul. «Mon grand-père avait entrepris un grand chantier. Pour honorer sa mémoire, j'ai voulu que ça marche. La première année de remise en culture 6.000 arbres ont été taillés à la main et irrigués. Aujourd'hui nous travaillons avec 10.000 arbres. Dans deux ou trois ans, avec 18.000, ce qui portera la production à 280 tonnes d'olives et permettra peut-être la création d'un moulin. Aujourd'hui, nous ne récoltons que 15 kg par arbre irrigué. Et quand on parle d'irrigation ce ne sont pas que des mots, chaque olivier a besoin dans nos terres arides de 40 litres d'eau par jour ! A l'heure actuelle l'huile d'olive Lacassagne est extraite à Millas, le seul moulin Roussillonnais qui a survécu au gel de 1956. »
C'est à Henri Laccassagne, dirigeant l'entreprise Perpignanaise de transport du même nom, que l'on doit la renaissance de l'olivier en Roussillon. Un olivier dont il a suivi l'histoire et qui

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